Nouveau rôle des intermédiaires, l’exemple du label Kitsuné

Une nouvelle génération de label s'adapte

Considérés longtemps comme des défricheurs de talents, de producteurs, les labels  et les éditeurs sont contraints de s’adapter au bouleversement de leur modèle économique que provoquent le téléchargement illégal et même le web 2.0.

Il y a un temps pas si lointain,  avant l’apparition d’Internet et oui, Internet n’a pas toujours existé…Les rôles étaient assez bien définis entre les artistes et leurs intermédiaires (producteurs ou éditeurs). Le modèle traditionnel comme on va l’appeler fonctionnait tant bien que mal,  les producteurs qui pouvaient apparaître comme des pygmalions ou des mécènes, avaient un rôle plus qu’important en avançant les sommes nécessaires aux artistes pour créer, en échange de quoi,  ces derniers acceptés de céder leur droit. Evidemment, l’intérêt de nos chers intermédiaires était de pouvoir ensuite monétiser et contrôler la copie après la publication. Même si cela pouvait être très lucratif, cela demandait un certain flair et une patience non négligeable, l’intermédiaire devait parfois attendre de longues années, pendant lesquelles il assumait volontairement une perte financièrement et un risque important.

Mais le téléchargement illégal grippe cette belle mécanique...On estime que 95 % de la musique est téléchargé (un sacré pavé dans la mare !).

Peine encourue - loi Hadopi

Depuis maintenant presque dix ans, ces mêmes intermédiaires tentent de lutter et de s’armer contre ce qui leur apparaît comme un fléau et qui bouleverse complètement leur mode de fonctionnement et de rémunération. Mais comment lutter, même si une loi est apparue, la non moins célèbre loi Hadopi, contre une habitude de consommation.

Au delà, le problème est plus profond, les intermédiaires sont touchés sur leur fondement, l’essence même de leur travail est remis en question. Le processus de découverte des artistes et de leur diffusion est complètement bouleversé, l’irruption du numérique permet à un nombre beaucoup plus important d’individus de se faire créateurs, en dehors des circuits professionnels. Les contenus en ligne sont aujourd’hui largement autant produits pas le public directement que par les artistes. Les créations des jeunes artistes se noient dans la masse d’images et de pop autoproduites.

Cette évolution marque le passage « d’une économie de la rareté à celle de l’abondance », dans laquelle la valeur se déplace des contenus vers l’attention que les individus sont susceptibles d’y porter, compte tenu du temps limité dont ils disposent. (A ce sujet…Je vous invite également à consulter mon article sur les nouveaux modèles économiques sur le web)

Mais qu’est-ce que ça veut dire ? Qu’est-ce que cela implique ? Les intermédiaires vont-ils disparaître ?

Je ne pense pas…du moins ceux qui arriveront à s’adapter et clairement à changer de métier…

Pourquoi cela ? Parce que le rôle des intermédiaires est loin d’être compromis, il est illusoire de croire que le public pourra entrer directement en contact avec les créateurs lorsque les œuvres foisonnent…

Aujourd’hui, exister sur la toile nécessite de s’inscrire dans une vraie démarche et une stratégie de communication de plus en plus complexe. Même si les artistes ont un site internet qui offre une vitrine sur le monde, la majorité d’entre eux restent dépendants de leurs cercles d’amis ou d’amateurs pour se faire connaître. C’est là qu’interviennent de nouveau, les intermédiaires, ils doivent se poser à l’ère des réseaux sociaux comme médiateur entre les créateurs et le public. Les producteurs n’ont quasiment plus ce rôle de « filtrer » la création en amont, j’en veux pour preuve également l’éclosion de Grégoire grâce au label participatif de MyMajorcompany.com. Ils n’offrent plus le sésame, ce statut d’artiste.

Focus sur les éditions Kitsuné, qui ont réussi à prendre très tôt ce virage nécessaire, pour devenir une référence de ces intermédiaires d’un genre nouveau…

Un label qui ne met pas ses oeufs dans le même panier

Ainsi si des intermédiaires sont encore nécessaires, c’est donc pour mettre en place une stratégie de communication, presque de « branding » autour de l’artiste, créer des évènements, de la valeur ajoutée pour permettre aux artistes de se rendre visibles parmi la profusion d’images autoproduites. L’objectif ne sera plus de vendre, mais de faire émerger des communautés sur les réseaux. L’exemple du label Kitsuné est intéressant pour mettre en perspective cette nouvelle dimension des labels. Depuis 2001, en plus d’être un label musical indépendant, Kitsuné a diversifié ses activités (création d’une ligne de vêtements, organisation d’évènements). L’éditeur assure aussi la promotion en ligne des artistes qu’il soutient auprès des communautés musicales sur les réseaux sociaux, comme Myspace. Le profil Myspace de Kitsuné regroupe plus de 80 000 fans, formant un vivier considérable, auprès duquel des actions de médiation peuvent être lancées à une large échelle. Ne l’oublions pas la création de communautés n’est pas une fin en soit, comme dans tout modèle, l’important est tout de même de générer des rémunérations. Mais la copie n’est plus le nerf de la guerre, n’est quasiment plus une source de revenu, évidemment de la musique sur support pourra toujours être vendu (comme des vinyles par exemple, qui offrent une vraie valeur ajoutée, d’où son retour d’ailleurs). On peut même dire que le modèle économique n’a plus besoin de la propriété intellectuelle pour fonctionner, que l’achat de copie sur CD ou vinyle est un acte volontaire de soutien ou d’appartenance.

A l’ère de l’abondance et de la recommandation, l’intermédiaire a même intérêt à ce que l’œuvre puisse circuler librement, pour évidemment agrandir la communauté et propager la musique.

Hadopi ou Licence Creative Commons ?

Nous l’avons déjà vu, le téléchargement est entré dans les mœurs et devenu un mode de consommation courant…On ne peut aller contre la liberté qu’offre internet, l’ampleur des pratiques de partage et de création directe des œuvres en ligne montre que le public a déjà évolué vers une nouvelle forme de relation aux contenus et à la culture, de nouveaux outils comme les licence Creative Commons ou Flattr vont dans ce sens. Beaucoup de nouveaux acteurs pensent que ce sont aux intermédiaires de s’adapter mais en sont-ils capables, sont–ils prêts à accomplir la révolution professionnelle, qui permettra d’accompagner ce mouvement plutôt que de l’affronter.

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